Coups d’État au Niger : Retour sur les interventions militaires de la CEDEAO lors des crises politiques

À la suite de l’échéance de l’ultimatum imposé par la CEDEAO à la junte militaire du Niger, un sommet extraordinaire s’est tenu pour discuter des mesures à entreprendre. Le bloc régional a réaffirmé sa ferme résolution à maintenir toutes les résolutions précédentes et a laissé toutes les options ouvertes, y compris la possibilité d’une intervention militaire.

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, a annoncé que la Côte d’Ivoire déploierait environ 1 100 soldats, formant un bataillon, aux côtés d’autres pays voisins, dans le but de rétablir un ordre démocratique au Niger. Cette décision fait suite à l’approbation de la CEDEAO pour une intervention militaire visant à renverser les leaders militaires qui ont mené un coup d’État contre le président Mohamed Bazoum le mois dernier.

Cette intervention envisagée au Niger s’inscrit dans une série d’actions antérieures entreprises par la CEDEAO pour rétablir la stabilité politique et la paix dans ses pays membres. Voici un survol plus détaillé de certaines de ces missions passées :

Liberia (1990-1999) :

La CEDEAO a déployé une force régionale, connue sous le nom d’ECOMOG, au Liberia pour mettre un terme à la guerre civile déchirant le pays. Avec environ 12 000 soldats, l’ECOMOG a joué un rôle majeur dans le rétablissement de la stabilité, bien que des allégations de violations des droits de l’homme aient entaché son bilan.

Sierra Leone (1998-2000) :

Sous l’égide de la CEDEAO, une force d’ECOMOG dirigée par le Nigeria est intervenue en Sierra Leone pour chasser la junte militaire et les groupes rebelles associés de la capitale, Freetown. Cette intervention a permis le rétablissement du président Ahmad Tejan Kabbah au pouvoir après un coup d’État survenu un an plus tôt.

Guinée-Bissau (1999, 2012-2020, 2022) :

En 1999, la CEDEAO a envoyé environ 600 soldats de l’ECOMOG en Guinée-Bissau pour préserver un fragile accord de paix. En 2012, une autre intervention a été menée suite à un nouveau coup d’État, visant à empêcher l’ingérence militaire dans la politique et à protéger les dirigeants politiques. En 2022, un contingent supplémentaire de 631 soldats a été envoyé pour stabiliser le pays après un coup d’État manqué.

Côte d’Ivoire (2003) :

Une force ouest-africaine a été déployée en Côte d’Ivoire pour soutenir les forces françaises dans la mise en œuvre d’un accord de paix entre factions en conflit. La présence de la CEDEAO a contribué à mettre fin à la division du pays en deux entités distinctes.

Mali (2013) :

Face à la montée de groupes extrémistes dans le nord du Mali, l’ECOMOG et des forces françaises sont intervenues pour les contenir. L’ECOMOG a par la suite cédé la place à une mission de maintien de la paix des Nations unies.

Gambie (2017) :

La CEDEAO a orchestré une opération en Gambie qui a contraint le président Yahya Jammeh à quitter le pouvoir et à permettre une transition démocratique en faveur d’Adama Barrow, le président élu. Cette mission, baptisée « Opération Restauration de la Démocratie », a vu le déploiement de 7 000 soldats de la CEDEAO depuis le Sénégal voisin.

Ces interventions passées illustrent l’engagement de la CEDEAO à prendre des mesures décisives pour maintenir la stabilité et promouvoir la démocratie dans la région. Toutefois, elles ont également suscité des débats concernant les droits de l’homme et la souveraineté nationale. Dans le contexte actuel au Niger, l’intervention envisagée pourrait jouer un rôle clé dans le rétablissement de l’ordre constitutionnel, tout en soulevant des questions complexes sur la légitimité et la responsabilité régionale.

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